Jonasz - Michel Jonasz - Les plus belles pages de Michel Jonasz - Interview de Christophe Cerino

José : As-tu le trac et comment le gères-tu ?

Christophe Cerino : Jusque 25 ans j’ai connu ce trac monstrueux qui saisit plusieurs jours avant le concert, qui rend malade et (selon moi) moins bon pendant les premières minutes de la prestation. C’était une torture !!! Jusqu’à ce que je comprenne ce qui se jouait en moi lors de ces moments pénibles. J’abandonnais au public le pouvoir absolu de me juger intégralement ! C’était un peu comme se soumettre à un verdict radical qui m’aurait donné toute ma valeur d’individu ou, au contraire, me l’aurait retiré entièrement et définitivement. Cela revenait à demander « suis-je génial ou une grosse merde ? ». Un tel enjeu ne peut que provoquer une angoisse suraigüe ! Avec le temps j’ai compris que ce que je soumettais au public n’était que l’estimation momentanée de mon travail. Le pire qui peut donc arriver est qu’on me trouve médiocre, voire mauvais sur scène. C’est le chanteur et non l’homme que je suis qui est jugé. Ca allège considérablement l’inquiétude ! Et c’est très bien ainsi !!! Je suis donc aujourd’hui un artiste beaucoup plus tranquille au moment de monter sur scène. Restent seulement ces quelques minutes précédant le début du concert où je suis pris d’une tension réelle mais soutenable et presque agréable à vivre. Une excitation en fait…

José : Christophe, on te découvre en tant qu’auteur-compositeur interprète, peux-tu te présenter ?

Christophe Cerino : Je suis un homme heureux qui depuis 25 ans déjà réalise son rêve de petit garçon, celui d’être sur scène pour gagner sa vie … J’ai un parcours plutôt classique dans le métier : une série de concours de chant lorsque j’étais enfant, un agent peu scrupuleux dans l’adolescence (ça surtout c’est très classique… ;o), une participation a différents groupes de 24 à 32 ans (Funky Street, un groupe jubilatoire avec lequel j’ai écumé la France des café-concerts pendant plus de 800 dates et Sunny Band, un magnifique combo jazz grâce auquel j’ai eu la chance pendant quatre autres années d’interpréter les plus grands standards du swing américain), et enfin, en 2002 le rôle du géographe dans le spectacle musical Le Petit Prince, joliment adapté par Richard Cocciante et Elizabeth Anaïs.


 

Une présence scénique impressionnante, un humour décapant, des chansons superbes, de très bons musiciens, ce grand bonhomme a tout pour se faire un nom. En première partie de Michel Jonasz sur la tournée " Où vont les rêves" , ou avec la troupe de la comédie musicale "Le petit prince" , Christophe Cerino est un homme heureux, en tout cas, c'est ce que nous lui souhaitons ... très sincèrement.

" ... je peux vous assurer que je reçois rarement des chansons de cette finesse ... "

Mchel Jonasz

 


 

 

 

Christophe Cerino

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

" être absolument sincère et honnête ... "

 

 

 

 

 

 

 

 

 


" Lorsque j’ai enfin lu la signature j’ai été pris de vertiges ... "

 


 

José : Quelles sont tes influences musicales ?

Christphe Cerino : Elles sont diverses. Enfant j’ai baigné dans la variété française la moins subtile. Adolescent j’ai découvert la musique noire américaine (avec une fixette particulière sur Prince dont on ne retrouve hélas rien aujourd’hui dans mon travail…), je me suis ensuite attardé sur Rickie Lee Jones et Tears for Fears, puis la grande chanson française (Brel, Trenet, Brassens, Nougaro, Vian…). Plus tard j’ai été « initié » au Jazz par mes amis musiciens. C’a été une révolution radicale dans la vie de mes oreilles !!!

 

 

 

 

 

 

José : Quel est le cd qu’écoute Christophe Cerino en ce moment ?

Christophe Cerino : J’ai honte à le dire, mais en ce moment j’ai un plaisir fou à écouter mon album… Ca doit sembler bien vaniteux… Mais c’est une vraie source de joie que d’être satisfait de son travail ! Et c’est assez rare et difficile pour que je ne passe pas à côté de l’occasion ! J’écoute aussi beaucoup les disques de Kurt Elling, sans doute le plus grand chanteur de jazz vivant ! J’ai également un goût très prononcé pour les artistes de la « nouvelle chanson française », Bénabar, Sanseverino, Fersen, Biolay, Katherine, et autres Fabien Martin que j’ai découvert en première partie de Michel Jonasz. Je me sens leur cousin germain…

José : Michel Jonasz a été déterminant pour toi, comment ?

Christophe Cerino : Voilà bientôt trois ans, j’ai déposé une maquette très squelettique d’une douzaine de mes chansons à l’accueil d’un théatre où jouait Michel le soir même. Dans une lettre jointe je lui demandais en substance de bien vouloir me faire l’honneur de ses critiques sur mon travail. Parce que, partageant avec lui des influences musicales communes, j’imaginais que son regard sur mes chansons pouvait m’être précieux, et ses commentaires inspirés. J’ai réalisé mon audace après coup et me suis donc rendu à l’évidence : Michel ne recevrait sans doute jamais cette maquette et surtout, le cas échéant, il aurait bien d’autres choses à faire que de perdre du temps à l’écouter et, plus encore, à me répondre pour me donner son avis. J’ai donc oublié l’épisode et suis passé à autre chose. Et pourtant… Deux mois plus tard je recevais une lettre dithyrambique dont j’ai mis plusieurs minutes avant d’identifier l’auteur. Lorsque j’ai enfin lu la signature j’ai été pris de vertiges. Je vous assure que c’est vrai ! Cette lettre m’a mis dans un état !! Imaginez ! Michel Jonasz vous écrit ! Et pour vous dire combien il a aimé votre travail ! C’était inespéré !!! Il m’a immédiatement proposé son aide et n’a cessé depuis de suivre mon parcours ! Lorsqu’il l’a pu il m’a offert de venir présenter mes chansons en première partie de certains de ses concerts de la tournée 2003. Avoir un artiste tel que lui pour parrain est un cadeau des anges ! Je ne me suis pas encore remis tout à fait de son enthousiasme et de son aide inestimable !

L'album de Christophe Cerino est disponible en appelant directement

K Production au 04.72.37.33.56

 

 

 

Christophe a la gentillesse de vous faire découvrirson album, et croyez-moi, ce ne fut pas une mince affaire que de choisir 2 morceaux ...

 

 


 

 

 

 

 

- ton mot préféré : le prénom de l’homme de ma vie
- le mot que tu aimes le moins : ce n’est pas un mot mais une expression: « au jour d’aujourd’hui »
- le son que tu préfères : celui de la voix de l’homme que j’aime
- le bruit que tu aimes le moins : celui de la musique trop forte qui empêche de parler (en discothèque par exemple…)
- ton juron préféré : bordel !!!
- si tu pouvais choisir un métier, lequel choisirais-tu ? celui que j’exerce déjà !
- le métier que tu ne ferais pour rien au monde : Huissier
- qu’aimerais-tu dire à Dieu, s’il existe, en arrivant au paradis ? « Il serait peut-être temps de leur dire, en bas, que chez vous les pédés sont admis !!! »

 

José : Dans la comédie musicale du petit prince il y avait toute une équipe pour te soutenir, là tu es seul sur scène avec l’orchestre ; la préparation est-elle plus difficile ?

Christophe Cerino : C’est évidemment un travail très différent. Mais je ne pense pas que cela réside dans le fait d’être soutenu par toute une équipe. En l’occurrence je me sens beaucoup plus entouré par les musiciens avec lesquels je travaille actuellement… La vraie différence se trouve plutôt dans la « responsabilité » personnelle qu’engage un répertoire inédit que l’on écrit et que l’on doit un jour défendre. Dans Le Petit Prince j’étais employé (comme on le dirait d’un comédien qui est placé dans une distribution), j’étais dirigé musicalement par Richard Cocciante qui sait exactement ce qu’il attend de chacun des chanteurs qu’il choisit et j’étais mis en scène par Jean-Louis Martinoti qui a conçu pour chacun des rôles une partition très pointue a laquelle nous étions d’autant plus fidèle qu’elle était juste, riche et inspirée. Avec mon répertoire je découvre inversement le plaisir et l’inquiétude que provoque la liberté artistique absolue. Les options musicales et les partis pris de mise en scène sont des choix personnels et, lorsqu’ils sont le résultat de l’inspiration des musiciens qui m’entourent, c’est encore à moi que revient la décision finale de les utiliser ou non. C’est donc une approche bien différente de celle du Petit Prince. C’est en cela peut-être que la préparation peut s’avérer plus difficile, en ce sens où je prends seul le risque de déplaire. En revanche je partage avec les musiciens la possibilité de convaincre. Si tout fonctionne je le leur dois, si ça ne marche pas c’est sans doute parce que j’ai fait une erreur.

 

 

José : 14 titres pour un premier album, on peut dire que tu as beaucoup travaillé. Pourquoi autant ? En as-tu d’autres dans tes tiroirs ? Et si oui comment s’est fait le choix de ces titres?

Christophe Cerino : Cet album est un live tiré d’un concert donné en juin au palais des congrès de Lyon. Nous y avions interprété 18 titres mais, pour des raisons de format (74 minutes disponibles sur le cd), nous avons du faire un choix et ôter du programme initial les 4 titres comportant le plus de mise en scène (et donc de silences joués), ceux-ci se prêtant moins à un support audio. Il existe également une dizaine de chansons que nous n’avons pas encore arrangées.

José : Peux-tu nous parler des gens qui t’accompagnent ?

Christophe Cerino : Je suis comme un enfant gâté ! J’ai la chance absolue de travailler sur ce répertoire avec des musiciens surdoués qui se trouvent être compter parmi mes amis les plus chers !!! Imaginez le bonheur que c’est pour un artiste de pouvoir confier à des êtres qu’il aime tant le soin d’embellir le fruit de son travail !!! C’est une source permanente de jubilation et de confiance parfaite ! Je ne les remercierai jamais assez de m’entourer comme ils le font ! A la batterie je suis porté par la grande finesse de jeu d’Anthony GATTA. Ce garçon possède une culture musicale inépuisable et un sens de l’illustration rythmique rare ! C’est une véritable dentellière !! Maurade MENIRI, lui, m’a permis de découvrir l’infinie mélodicité de la basse que j’ai longtemps perçu comme un instrument percussif qui tairait son nom. Il est doué d’une rondeur et d’une fluidité qu’on trouve rarement chez les bassistes. Il a le sens instinctif du contre-chant mélodique, ce qui est un pur trésor dans une formation si réduite. Yvan PERRIER quant à lui est toute la substance de ce répertoire. Il est derrière son piano comme il est dans ma vie : attentif, bienveillant, fidèle, sensible, réactif, complice, espiègle… Comme il le fait dans la vie, il sait musicalement colorer des mélancolies, booster des énergies, accompagner des plaintes, faire rire la bonne humeur, magnifier un silence. C’est bien d’ailleurs ce que ces trois là ont en commun : le silence ne les effraie pas. Et c’est sans doute la qualité la plus rare et, de fait, la plus précieuse chez un musicien. Je les aime !!!

 

 

 

José : Il y a de très belles chansons dans cet album, quelles sont tes sources d’inspiration?

Christophe Cerino : Merci beaucoup… Je m’inspire principalement bien sûr de mes aventures personnelles, avec leur lot d’amour heureux ou catastrophiques, de réjouissances ou d’épreuves, de travers intimes. Mais j’aime aussi « portraitiser ». Raconter des histoires qui me sont étrangères. Des destins de gens décalés, surprenants, médiocres ou simplement ordinaires. Lorsque je fais référence à ma vie je ne m’impose qu’une condition, celle d’être absolument sincère et honnête. Rien ne me rend plus heureux que d’entendre ceux qui me connaissent un peu m’assurer qu’on me devine parfaitement dans ce répertoire Lorsque je « peins » d’autres profils en revanche je m’autorise jusqu’à la caricature.

 

 

José : Le public t’a réservé de brillants encouragements lors de tes premières parties de Michel Jonasz, est-ce matière à rêver de beaucoup plus encore ?

Christophe Cerino : C’est le plus beau !!! Je n’imaginais pas rencontrer une telle adhésion de la part d’un public qui ne me connaît pas et à qui j’impose cruellement de devoir patienter encore trente minutes avant de voir enfin l’artiste pour lequel il s’est déplacé ! Je suis littéralement bouleversé par cette surprise que je n’avais osé attendre !! J’avais longtemps envisagé que mes chansons trouveraient sans doute un public, mais je l’imaginais très confidentiel, très limité, presque alternatif… Et je découvre après ces quelques dates qu’il pourrait bien être plus large que ce que je m’étais autorisé à rêver ! Ca n’a pas de prix ! C’est une force nouvelle qui va m’aider à poursuivre et qui conforte aussi Eric Variclier, mon producteur chez K Production, dans sa décision de se battre pour moi sans compter. Décision qui, au départ, me semblait bien audacieuse…

Pour terminer, Christophe a accépté de répondre au questionnaire rapide de Bernard Pivot. Il répond en toute sincérité ... comme il l'est sur scène !

 

 

José : Christophe, je te remercie pour ta disponibilité et ta gentillesse, à très bientôt ...

Christophe Cerino : Merci de l'attention que tu pretes à mon travail, je suis très touché ! Merci encore ...

 

 

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